Université Paul Valéry - Campus Saint Charles à Montpellier - 34 - Tranche 1 

nom de la réalisation:

Campus universitaire Saint-Charles : tranche 1

Reconversion d’un hôpital du 17e siècle, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques

 

architecte mandataire:

HELLIN SEBBAG ARCHITECTES ASSOCIES

 

Architecte patrimoine associé : 

FABRICA TRACEORUM

 

adresse :

Rue du professeur Henri Serre et Place Albert 1er - Montpellier (34)

 

maître d'ouvrage :

Etat - ministère de l’enseignement supérieur et de la rechercheRectorat de l’Académie de Montpellier

 

programme :

Tranche 1: 2ème Cycle et chercheurs de la faculté de lettres : salles de cours et de colloques, bureaux, bibliothèque universitaire, cafétéria (reconversion)

surface:

10 000 m² SHON

 

calendrier:

Tranche 1: livraison septembre 2011 - 36 mois de chantier

 

coût total des travaux:

12, 8 M € H.T. date valeur juin 2008

 

photographes:

Jean-Pierre PORCHER et Benoît WEHRLE

 

note architecturale : 

 

Implanter une université dans les bâtiments d’un ancien hôpital datant du XVIIe siècle, inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, tout en répondant aux souhaits de fonctionnalité moderne d’une université, tel est le problème posé.

UNE COMPOSITION URBAINE AXEE :
Le bâtiment principal du site, l’Hôpital Général, est composé de deux cours disposées de part et d’autre d’un axe de symétrie, matérialisé au rez-de-chaussée et au niveau 1 par un épais mur séparatif, une barrière qui coupe longitudinalement le corps de bâtiment central en deux zones étanches, « l’aile des femmes » et « l’aile des hommes ».
Afin d’établir la fluidité nécessaire au bon fonctionnement d’un bâtiment universitaire destiné à recevoir un effectif de près de 1500 personnes, nous avons choisi d’entamer ce mur en le perçant à rez-de-chaussée et en le remplaçant par des poteaux au premier niveau. Ainsi, le corps de bâtiment central peut-il organiser l’ensemble du bâtiment en accueillant de vastes espaces traversant : la cafétéria à rez-de-chaussée, l’administration au niveau 1, la bibliothèque au niveau 2.
L’axe de symétrie de l’Hôpital Général est donc conservé, mais la symétrie s’opère autour des vides qui articulent les espaces et non de part et d’autre du mur plein qui les séparait. Pour inverser la séquence d’entrée, le nouveau hall est implanté à l’opposé de la chapelle, qui, bien qu’indépendante de la faculté, fait partie du même ensemble monumental. L’objectif est donc d’entrer dans l’axe de l’Hôpital Général pour retrouver la pureté géométrique de son plan, mais par la façade arrière sur l’esplanade et non plus par la Place Albert 1er, conformément au programme.
Parce qu’il est possible de la traverser aujourd’hui, cette masse bâtie, autrefois infranchissable, s’insère désormais complètement dans son quartier.

FACADE D’ENTREE :
Seuls le niveau 2 et la partie centrale qui à terme accueillera l’extension, sont remplacés par un mur rideau vitré pour éclairer respectivement le hall et la bibliothèque.
Réponse contemporaine à l’escalier existant conservé (œuvre de l’architecte GIRAL), un escalier monumental en béton préfabriqué blanc, doublé d’un ascenseur, est implanté dans le nouveau hall d’entrée.
Il se déroule dans un vide sur 3 niveaux, pour desservir directement l’administration au niveau 1 et la bibliothèque au niveau 2.

LES DEUX COURS :
Pour les façades sur les « cours des marronniers » et « des platanes », le rythme régulier des fenêtres est reconstitué ; les baies sur allèges, transformées en portes-fenêtres, s’ouvrent à RDC sur la cour et au niveau 1 sur les nouvelles coursives. Ces légères structures, portées par des consoles métalliques encastrées dans les façades en pierre, sont constituées de plancher en béton fini blanc, de garde-corps en verre structurel et sont protégées par un auvent en verre.
Les 2 cours symétriques, mises en relation par les passages créés dans l’aile centrale au rez-de-chaussée, sont traitées avec le plus grand soin : calepinage de dalles préfabriquées en béton architectonique en périphérie, fin gravillon sous les arbres pour assurer la perméabilité, éclairage encastré soigné.
Si les magnifiques marronniers conservés procurent une ombre très appréciée l’été, en revanche, malades, les platanes d’origine ont dû être remplacés par de jeunes arbres, offrant ainsi une cour plus ensoleillée, bien appréciée l’hiver par les étudiants.

LA CAFETERIA :
La couleur vient ici raconter l’intervention architecturale avec un plafond absorbant bleu doublant la voûte en plein cintre côté cour des platanes, et rouge côté cour des marronniers. Les passages d’une salle à l’autre, percés dans le mur d’une épaisseur de plus d’un mètre, sont peints de rayures bleues et rouges, avec gradation des largeurs. Les gaines techniques du self et de la cuisine sont intégrées dans des parois dédoublées en pignon, habillées de panneaux acoustiques en bois perforé.

LES SALLES DE COLLOQUES :
La conservation des voûtes croisées pour tout le rez-de-chaussée, et en particulier, dans les salles de colloques
nous a amené à trouver des solutions originales de distribution des fluides :
- création de caniveaux techniques à RDC pour intégrer les réseaux (eau, chauffage, électricité, ventilation)
- intégration subtile de l’éclairage et de l’audiovisuel
De même pour la correction acoustique traitée grâce à des trames carrées suspendues, respectant la géométrie des voûtes


RESTRUCTURATION TRES LOURDE A FAIBLE COUT :
Tous les planchers existant ont été soit confortés soit démolis puis recoulés en béton armé.
Pour les façades, après démolition des volumes et éléments incohérents, purge des matériaux incompatibles, confortation par injection, et dépose des menuiseries existantes, nous avons cherché à retrouver le rythme régulier des baies et encadrements, ainsi que les moulures horizontales au droit de chaque plancher.
Les toitures existantes ont été déposées pour retrouver la pente d’origine de 37,5% et la couverture en tuiles canal.
Ces travaux titanesques ont été réalisés en 36 mois pour un montant très faible de 1 280 € HT / m2 SHON, ce qui explique la sobriété des prestations.

QU’EST-CE QUE LA REHABILITATION DE PATRIMOINE A CHANGE DANS NOTRE ARCHITECTURE ?
La première fois que nous avons visité le site, notre seule envie était de tourner les talons et de fuir cet édifice sombre et oppressant. Pourquoi inscrire à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques cet ancien hospice/prison aux façades pauvres et détériorées? Néanmoins, une fois cette première impression passée, nous avons été sensibles à la beauté de certaines proportions : les deux très belles cours rectangulaires qui organisent le bâtiment, la majesté cachée des espaces voûtés du rez-de-chaussée, beauté que nous nous sommes attachés à révéler par notre travail.

Leçon d’humilité
Dans nos précédentes expériences de réhabilitation, nous avions déjà appris à ne pas faire table rase du contexte, à respecter le « déjà-là », fut-il un simple immeuble des années 60 construit trop rapidement.
Dans cette nouvelle expérience, qui est notre première confrontation avec le Patrimoine ancien, nous avons dû affiner l’analyse du bâti (dans son contexte historique plus lointain de nous) dans un véritable voyage à remonter le temps, pour le débarrasser des scories postérieures à sa conception et ne conserver que l’essentiel.
Lorsqu’il ne restait plus rien de l’édifice d’origine, comme en façade nord vers l’esplanade, nous avons gardé toute notre audace : façade en verre extérieur collé, volume du hall en triple hauteur traversé par un escalier dissymétrique en acier et béton.
En revanche dans les cours aux belles proportions et dans les volumes voûtés du rez-de-chaussée, nos interventions architecturales se sont faites plus discrètes que dans nos projets neufs, mais aussi plus fines, plus affutées, s’éloignant des emballages rutilants pour se rapprocher du LESS IS MORE. (de Mies Van der Rohe)

La verticalité
Une autre nouveauté pour nous a été de travailler dans des volumes aux proportions très verticales, avec des hauteurs sous voûtes allant de 3,50 m à 4, 80 m, éclairés par d’étroites portes-fenêtres très hautes.
Nous avons découvert que ces rares ouvertures, qui nous avaient semblées de prime abord insuffisantes, créaient un jeu magnifique de formes sous la lumière méditerranéenne, jeu tout aussi savant et correct mais différent de celui du mouvement moderne, qui jusque là, nous était plus familier.